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Tranche de vie

Ça y est, je suis « dans la place » !

 

Premier constat : j’avais un peu surestimé la météo ! En effet, il fait beau, mais de là à dire qu’il fait chaud… Dommage qu’il y ait ce vent à la con… (et en plus, en écrivant sur papier, ce n’est pas ce qu’il y a de plus pratique)

 

Je ne m’étais jamais attardé dans ce petit parc, il n’est pas si mal en fait, un petit havre de verdure perdu dans la « grande ville » ! Je l’avais certes déjà traversé, pour rentrer chez moi, mais ne m’y étais jamais posé, à tort.

 

Il y a plein de fleurs multicolores, plein d’arbres gigantesques, les cris des enfants qui jouent se mêlent à ceux des ivrognes qui gueulent leur haine face à cette société, les aromes des plantes se mélangent à celles beaucoup moins agréables, à base de vinasse bon marché, que dégagent les gueulards susnommés. Ça sent l’herbe aussi, celle du gazon apparemment bien entretenue par les services municipaux à laquelle s’ajoute celle que brûle ce groupe de jeunes près de moi.

 

Il est classe ce parc ! En son cœur un point d’eau que domine un énorme rocher qui semble s’être résolu à sa défaite dans le combat qu’il menait contre le lichen… et c’est tant mieux, ça lui confère un certain charme je trouve. A son sommet, il y a un système d’arrosage qui diffuse une légère bruine, ce qui ne fait qu’ajouter à la beauté des lieux. Agréable, c’est le mot, enfin ça doit l’être quand il n’y a pas de vent (et la flotte qui fait gondoler le papier, ce n’est pas ce qu’il y a de plus pratique non plus). Les pigeons ont fait de cet amas, mi-minéral mi-végétal, leur base.

 

Putain de pigeons.

 

C’est aussi la raison de la présence de ce bob sur mon crâne : ces putains de bestioles sont de véritables usines à merde vivantes… et ailées !

 

La seule chose à reprocher à cet endroit, est la « civilisation » toute proche. Bien qu’immergé dans la sérénité du lieu et la profondeur de mes pensées, je n’ai pas d’autre choix que de percevoir malgré moi la valse des trams et les sempiternels et intempestifs coups de klaxon qui se succèdent au feu tout proche qui, selon toute vraisemblance, ne passe jamais au vert, jamais ! L’automobiliste est à la ville, ce que le pigeon est au ciel…

 

Putain de pigeons.

 

Pas mal de monde semble partager la même envie que moi : celui de venir se poser et de… ne rien faire (quoique moi, c’est différent, j’écris quand même) ! Il y a du monde… et je n’ai pas choisi la meilleure place ! Un banc, le seul qui était encore libre d’ailleurs, qui n’est ni à l’abris du soleil (p’tain, faut que j’fasse gaffe à ma salamandre d’ailleurs), ni de la bruine artificielle, ni du vent, ni surtout des possibles attaques aéro-scato des pigeons.

 

Putain de pigeons.

 

Pas mal de monde donc dans le parc… le parc quoi déjà ? Je ne sais même pas comment s’appelle cet endroit ! Bof, après tout, est-ce réellement important de savoir que tel inventeur, tel guerrier ou tel politique à laissé son nom ici ? Non, tout comme les arbres, les fleurs ou les pigeons, je n’en ai rien à carrer…

 

Les bancs publics sont tous occupés, mais peu d’amoureux respectent les consignes de Georges Brassens quant à leur « utilité » originelle. Mes voisines de droites se confient des secrets de midinettes, ceux de gauche fument leur herbe. D’autres bouquinent. Cette jolie brune a du gout, je reconnais aisément la couverture du dernier Werber. Je lui dirais bien de le laisser tomber cet ouvrage en faveur d’un autre qui serait bien (« Paradis sur mesure » est en effet assez décevant je trouve), mais bon, il y a très peu de chance que mon conseil soit suivi… et ça ne se fait pas de parler à un inconnu, c’est un manque de respect très grave, une véritable provocation (du moins c’est comme ça que beaucoup le ressentent, pas moi).

 

D’autres ne se posent que pour des raisons « alimentaires », mon cher Watson, pour avaler ce qui semble être un kébab (et vue la sale gueule de cette pseudo nourriture, je ne serais pas étonné qu’il ait été acheté en bas de chez moi : le pire kébab que j’ai mangé de ma vie). Les « mangeurs » sont les pires locataires du parc, pas les plus dérangeants, non, mais les plus cons ! C’est toujours pareil : à peine leur pitance est-elle sortie de son sac en plastique que c’est l’émeute chez les pigeons ! Le premier, le téméraire, n’a aucune chance. Le « kébabien » ne lui fera pas don d’une partie de son bien, puisqu’il n’a même pas encore eu le temps d’y goutter. Puis un autre vient se poser à proximité du banc, puis un autre, et encore un autre. Bientôt ils sont une bonne douzaine à espérer obtenir leur sésame : un morceau de pain du même nom.

 

Putain de pigeons.

 

Cette ravissante jeune fille est en fait moins conne que la moyenne : en guise de nourriture, les volatiles n’auront droit qu’à quelques coups de pied. Son sandwich est englouti. La belle, désormais rassasiée, semble faire part à son amie d’une autre envie. Elle la saisi par la taille et l’embrasse goulument. Je suis écœuré. C’est ignoble après avoir ingurgité des oignons et de l’harissa !

 

Il y a aussi les « narcoleptiques » amateurs. Eux se posent de préférence sur l’herbe, ils s’étendent de tout leur long et sombrent dans les bras de ce salaud de Morphée (partout, il n'y en a que pour lui, je suis jaloux). A ne pas confondre avec les adeptes du bronzage… mais non intégral, comme me le fait remarquer et le regrette mon voyeurisme latent. Les femmes sont belles, plus que les hommes ; leurs poitrines est ma foi tentante, plus que celle des hommes également. Les somnolents ne semblent ni être gênés par la chaleur, ni par les pigeons.

 

Putain de pigeons.

 

Il y a aussi les voyageurs, du fait de la gare toute proche. Quelle curieuse engeance ! Eux se posent quelques instants seulement, jamais très longtemps, ils ne veulent que se soulager du poids de leur(s) bagage(s). Ça va de l’attaché-case du « jeune cadre dynamique de moins de trente ans », comme le veut l’expression consacrée, aux sacs Vuitton de la quadra bobo, dont les lunettes de soleil bouffent la moitié du visage, en passant par les bagages amorphes et souvent aux couleurs militaires, des babas qui se sont trompés d’époque. Ils sont tous différents, une seule chose les réunit, un seul objet : leur montre ! Il ne se passe pas dix minutes sans que, de concert, tous regardent quasiment simultanément leur montre.

 

Il y a les vieux aussi. Ils se divisent en deux catégories : « les groupés » et les solitaires. Les « groupés » parlent, rient, parlent fort. Ils ressassent les souvenirs d’antan et affirment que les jeunes n’auront pas la chance que eux ont pu avoir. De toute façon, les jeunes, la moitié ce n’est que de la racaille, des « brigands ». Rien qu’entendre ce mot venu d’un autre âge me fait sourire. A l’opposé, il y a les solitaires. On les dirait posés là, sans qu’eux-mêmes ne sachent réellement pourquoi. Ils sont là, juste là. Parfois, ils regardent à droite, puis à gauche, comme s’ils désiraient changer d’horizon, mais au final, ils reprennent toujours leur position d’origine, la tête plus ou moins droite, le regard perdu devant eux. Est-ce que les images se forment encore au fond de leurs cerveaux ou regardent-ils sans voir ? Celui là semble fixer un pigeon, quel intérêt ?

 

Putain de pigeons.

 

Et puis il y a moi, l’unique témoin de l’agitation de ce microcosme. Les êtres humains sont à cette planète ce que les pigeons sont au ciel. J’ai un accès de paranoïa mêlé à une once de rodomontade : et si je n’étais que le personnage central d’un remake de « Truman Show » (dans lequel Jim Carrey, comme à son habitude, excelle) ? Non, restons réaliste, je ne suis là que pour écrire, pour raconter ce qui me travaille, pour confier mes états d’âme au papier… et quel meilleur endroit pour le faire qu’en extérieur ? A l’air libre, sous le soleil ?

 

Maintenant que le décor est planté, allons-y !

 

Non, ce n’est désormais plus possible, et je ne me réfère pas à la déjà trop longue introduction… Ce n’est pas une feuille ni une bogue de châtaigne qui vient de m’interrompre dans mes pensées. Ce n'est pas ça qui s'est abattu sur mon épaule. Je dois rentrer, je dois me changer…

 

Putain de pigeons !

 

Je dois préciser quelque chose : d’une part, je n’ai rien inventé DU TOUT (et c'est réellement du direct-live, sauf le titre que j'ai changé), et d’autre part, c’est H@ns qui signe ce texte. Bien que totalement inutile, à moi, il me plait ce papier…

 

Et une petite zik qui colle bien au texte pour conclure :

 

 



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M
J'ai bien imaginé un automobiliste se soulageant par la porte de sa voiture, mais quand même, l'image n'est pas très réussie ;)M.
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W
<br /> Est-ce pire ? Il ne reste qu'à craindre que les voitures volent...<br /> <br /> <br />
E
Ce papier me fait beaucoup de bien.Il est posé. Je le trouve très joli.Dur dur de se remettre dans le bain du travail.Je ferais bien comme certains, bouquiner ou m'étendre sur l'herbe.
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W
<br /> Merci, j'en pense la même chose, fausse modestie mise à part !<br /> <br /> Dur dur de ne pas pouvoir se remettre au travail également... Si quelqu'un a un poste à m'offrir, je suis prenneur !<br /> <br /> Bouquiner, j'arrête pas, mais pour ce qui est de s'étendre sur l'herbe, cette activité comporte certains risques...<br /> <br /> <br />
C
Ouai, ben, il me plait aussi ton papier. J'adore ton observation du train train quotien des foules. Ma phrase preferee: L’automobiliste est à la ville, ce que le pigeon est au ciel…bises<br />
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H
<br /> Merci, j'aime bien aussi cette simplicité de l'instant, où tout est figé malgré le mouvement...<br /> <br /> Et ne pas oublier cette autre phrase : putain de pigeons ! Si j'attrape celui qui s'est "lâché" sur mon beau marcel bleu, je l'attache et... je lui chie dessus à ce con !!!<br /> <br /> <br />
G
Qu'est-ce que j'aime quand c'est H@ns qui écrit... aussi inutile paraisse ce papier... il est beau !
Répondre
H
<br /> Je trouve aussi (et au diable la modestie) joli et sert à rien !<br /> <br /> Moi j'aime les deux styles, même si c'est vers "l'autre" que tend ma préférence...<br /> <br /> <br />