Tu es beau, intelligent, riche et sévèrement membré ? Comme moi ! Tu es donc ici chez toi, fidèle lecteur ! Tu es blonde à forte poitrine (ou même brune à petite poitrine), bienvenue aussi, fidèle lectrice !
9h22, le TGV 6046 se met en branle, la SNCF est généralement assez ponctuelle (du moins pour les départs, concernant les arrivées, c'est souvent une autre histoire). Je suis installé à ma place habituelle : assis dans un couloir en face des chiottes ! Mais étonnamment, aujourd'hui, je me sens assez à l'aise. Je vais laisser passer Nîmes, et si le « carré », que je vois d'ici, est encore libre, je le squatterais ; parce que j'ai beau me sentir mieux que d'habitude, je préfère quand même avoir quatre places pour moi tout seul plutôt qu'une (ou pire, une seule place, mais à côté d'un vieux) !
Bref, là maintenant tout de suite, ça va plutôt pas mal, ce qui n'était d'ailleurs pas le cas il y a peu de temps encore...
En effet, hier, ce n'était pas le top, et pour cause, j'ai dû... sortir ! Aller jusqu'au tabac, ça a plus ou moins été, mais aller à la gare pour prendre mon billet, là, ça a été l'épreuve. Déjà, je ne supporte pas les gares, mais ce que je supporte encore plus difficilement ce sont les files d'attente longues de plusieurs kilomètres (j'exagère à peine) dans ces mêmes gares. J'ai du m'y reprendre à trois fois pour trouver suffisamment de courage (et le mot n'est pas trop fort) pour m'incruster à mon tour parmi ces millions de gens (j'exagère déjà un peu plus là) qui faisaient déjà la queue.
Même qu'à la réflexion, j'aurais du attendre la quatrième tentative, ça m'aurait évité de me retrouver derrière une hystérique se dandinant au rythme des boum-boum de merde que diffusait son MP3, et surtout de devoir supporter les relents d'un parfum bas de gamme qui, malgré la quantité industrielle dont elle s'était apparemment aspergée, parvenait à peine à masquer une odeur acre de sueur. Dommage, emballée comme elle l'était dans son pantalon moulant, elle aurait pu me faire tourner les sens... mais là, c'est plutôt le sens de l'odorat qui m'aurait fait tourner les talons !
Moui... mais non ! Au bout de ces quelques mètres se trouvait mon Graal : mon billet de retour. J'ai donc supporté ce calvaire jusqu'au bout, sans broncher et en évitant de respirer trop fort, et me suis retrouvé face à une charmante guichetière d'une part, et d'une question existentielle d'autre part : je prends le train de quelle heure demain ? Pour me décider, coup de fil express :
- Allo, Gwendoline ? C'est H@ns, ava ?
- Ben oui et toi ? Je ne m'attendais pas à ton coup de fil.
- Ben moi non plus à vrai dire ! En fait je suis à la gare, je suis en train de prendre mon billet. Je serai vers chez toi demain, t'es dispo pour aller boire une bière entre deux trains ?
Avant que vous n'alliez encore vous imaginer je ne sais quelle connerie, je précise que ce n'est absolument pas une quelconque technique de drague pourrie ! C'est juste que j'apprécie cette personne (qui ne s'appelle pas Gwendoline bien sûr, la pauvre sinon) et que j'apprécie également la bière ! Autant faire d'une pierre deux coups !
Malheureusement, Gwendoline avait d'autres « obligations » (et quelle obligation), tant pis, ce n'est que partie remise. J'ai donc pris le premier train... ou plutôt le second, le premier partant à 7h du mat, je le sentais moyen le lever à 5h moi !
J'interromps un court instant ce récit afin de vous faire vivre les évènements en direct :
- ça y est, je suis installé dans le « carré », le contrôleur est passé et comme il n'y a pas grand monde dans le wagon, n'a fait aucune objection à ce que je continue mon voyage à cette place. Cool !
- Comme il n'y a aucun arrêt entre Nîmes et Paris, j'ai un peu de mal à situer où je suis à cet instant, dans la vallée du Rhône je pense. En tous cas, le spectacle est sympa : c'est tout blanc partout ! C'est la première fois que je vois de la neige cette année.
- Mauvaise nouvelle : quand je me suis levé pour rejoindre le « carré », j'ai réalisé que j'étais assis sur une moquette mouillée, j'ai le cul trempé. Espérons que mon séant, en restant bien assis dessus durant les 2h30 qu'il me reste à parcourir d'ici la gare de Lyon, aura le bon goût de sécher !
- Bonne nouvelle : avec seulement les six mots que composent le sms que je viens de recevoir à l'instant, je me sens super zen tout à coup... no comment !
Bref, de retour à l'appart, avec mon billet en poche (juste un « aller » cette fois, il n'y aura pas de retour), j'ai vraiment réalisé que le départ était proche, que ce soir je prendrais mon dernier repas ici, que j'y passerais ma dernière nuit... Ces constatations, mêlées à la pesante absence de Jocelyne, m'ont collé un putain de coup de blues. Concernant Jocelyne, c'est compréhensible, elle me manque juste un tout p'tit peu, mais concernant cette dernière soirée sur place, c'est un peu plus confus...
Rien, absolument PLUS RIEN ne me retient ici, au contraire même, je n'aime pas cette ville, ni les gens qui y vivent et encore moins la vie que j'y mène désormais. Je suis ravi à l'idée de « remonter », de retrouver enfants, famille, amis, habitudes et repères ; et pourtant, mâtin, j'ai comme une petite boule dans le bide, et le pire c'est que j'en ignore la cause...
C'est vrai après tout, qu'est-ce qui va me manquer ici ? A part le soleil, rien ! Peut-être est-ce du à de basses raisons matérielles, mes bagages ne pouvant contenir toutes mes affaires, je laisse quasi tout sur place. Mes cd vont me manquer, mes meubles, mon clic-clac (fidèle compagnon de mes nuits agitées), mes bd... Phrase du jour : difficile de se sentir chez sois, quand on a rien a sois autour de sois ! Mon univers va me manquer...
Il y a aussi cette bizarre impression, cette sensation de gâchis, ce sentiment d'échec. Comme me l'a finement dit je ne sais plus trop qui, « tu es parti pour refaire ta vie, tu n'as fait que la défaire d'avantage ». C'est pas faux... c'est dur, certes, mais c'est pas faux. Mais je ne m'étendrais pas sur ce sujet, laissons encore s'écouler un peu de temps.
Bref, moi, mon ordi et mon coup de blues étions confortablement installés dans le fauteuil quand j'ai décidé de reprendre les rennes en main : premièrement, un bon repas (qui fera d'ailleurs l'objet d'un prochain papier) et deuxièmement, comme nous sommes samedi, plus de trois heures de Simpson sur W9. A part que samedi dernier, il n'y avait pas le prime Simpson sur W9...
C'est à un ami que mon coup de blues doit sa perte ! Je ne rentrerais pas dans le détail, mais celui-ci m'a fait part, via msn, de l'excellente idée qu'il venait d'avoir, tout en me prévenant que c'était « peut-être un petit peu con », selon ses propres termes... Ben non, pourquoi « un peu » ? La vache, la tranche de rire, encore merci l'ami, involontairement, tu m'as bien fait marrer !!!
C'est après qu'est apparue la difficulté : comment faire entrer quinze mètres cube d'affaires dans deux sacs de voyage et un sac à dos ? Autant dire que je n'ai pris que le strict minimum vital : mes fringues, mon ordi, mes dvd de Kaamelott et Desproges et c'est tout !
Dimanche matin, réveil à 7h... enfin, le réveil a sonné à 7h, moi j'étais déjà debout depuis un sacré bout de temps, cauchemar oblige (ça faisait longtemps tiens)... J'ai essayé de déjeuner, sans succès, un café et du bon gros son ont avantageusement remplacé le p'tit déj' (un dernier clin d'œil à mes futur-ex voisins).
Vaisselle, un brin de rangement et toujours cette même pensée, « c'est ma dernière vaisselle ici, c'est mon dernier p'tit coup de rangement »... Comme vous avez pu le constater, j'ai quand même pris le temps de mettre un court papier en ligne avant de filer à la salle de bain, « ma dernière douche ici »... J'ai rassemblé mes affaires, ai éteint et rangé l'ordi. Prêt. Avant de me faire rincer, il me restait encore une dernière chose à faire : mes adieux au chat. Je crois qu'elle a compris, parce que pour une fois que je lui parlais, elle m'écoutait au lieu de faire le bordel. Puis j'ai claqué la porte et l'ai fermée à clef, une dernière fois...
La gare m'a paru moins stressante qu'à l'accoutumée, moins opprimante et pourtant, mâtin, je suis en avance et doit zoner ici un bon quart d'heure... Mais ça va, je me sens bien, le rythme cardiaque est « presque » normal. Je suis au bout du quai, sous la pluie. Je regarde partout, histoire de m'imprégner d'images, des dernières images que j'aurai de cette ville. Je lève un peu les yeux, j'aperçois le sommet du « polygone », qui m'évoque autant de bons que de mauvais souvenirs, j'ai du mal à détacher mes yeux de ce bâtiment marron...
Je grille une ultime camel light, sous la pluie. Le « tram jaune » passe sur le pont, sous lequel mon train passera lui aussi dans quelques minutes. A droite de ce pont, c'est la rue de la Méditerranée, à gauche, c'est la rue de Verdun ; je vais symboliquement emprunter ce pont, je vais aller de la Méditerranée à Verdun, enfin à quelques centaines de kilomètres près, je vais du nord au sud, une dernière fois...
Voilà, c'est tout pour aujourd'hui, je ne sais ni quand ni comment je mettrais tout ça en ligne ; je ne compte pas bouger avant mardi, on verra bien... Pour l'instant, c'est plutôt le moment de rassembler tout mon bordel, j'arrive à Panam dans moins d'un quart d'heure. Il pleut des cordes ici aussi, obligé de prendre le métro pour aller de la gare de Lyon à celle de l'Est, toute une aventure ! Et puis les trois heures en position assise n'auront pas suffit : j'ai encore le cul trempé !