Tu es beau, intelligent, riche et sévèrement membré ? Comme moi ! Tu es donc ici chez toi, fidèle lecteur ! Tu es blonde à forte poitrine (ou même brune à petite poitrine), bienvenue aussi, fidèle lectrice !
Dans la série « Les inconnus injustement méconnus », laissez-moi vous narrer aujourd’hui la triste histoire de Jean Jacques Klaxon…
Jean Jacques Klaxon est né dans la première moitié du XVIIIème siècle à Vertiseur. Issu d’un milieu bourgeois (son père était empailleur et sa mère taxidermiste), il fréquenta les meilleurs établissements scolaires de la région et décrocha brillamment son diplôme de rempailleur de chaise à l’âge de 16 ans (à la plus grande désillusion de ses parents qui souhaitaient le voir reprendre l’entreprise familiale)
Désireux de s’émanciper et quitter le giron familial oppressant, il rassembla ses maigres économies et s’en alla ouvrir son atelier de rempaillage en secret (007) dans le Limousin. Jean Jacques Klaxon ne rechignant pas à la tâche, très vite les affaires prospérèrent, l’argent coulait à flot, J.J.K. devint rapidement un des hommes les plus riches de Yémaille*, ne se gênant pas pour étaler ses richesses aux yeux de tous. Il s’offrit la plus belle demeure sur les hauteurs de la ville, se paya le plus gros diamant du monde (le célèbre Youkounkoun), acheta le plus beau carrosse (avec piscine et mini-bar) tracté par les plus belles juments de la région (les célèbres limousines). Rien n’était trop beau ni assez cher pour lui…
*Petit aparté historique : Yémaille fut un temps la plus grande cité du Limousin. Elle acquit sa renommée grâce notamment à ses spécialités, artisanale d’une part (le rempaillage de chaise et la confection de costumes) et culinaire de l’autre (le célèbre fauteuil-melba). Les mœurs évoluant aussi vite que le progrès (et oui mon bon monsieur), les gens délaissèrent peu à peu les chaises en paille pour celle en plastique, moins onéreux à rempailler, et le fauteuil-melba pour le cheval melba (à cause de la douceur dans l’œil du cheval qu’on ne retrouve pas dans celui du fauteuil, comme disait le poète). Alors que Yémaille était considérée comme la préfecture du Limousin au temps de sa splendeur, elle est aujourd’hui rayée de la carte. Fin de l’aparté.
Jean Jacques Klaxon se fit même confectionner un habit sur mesure par le meilleur artisan de Yémaille : Taylor Isritch (anglais par sa mère, russe par son père, c’est vraiment par manque de bol qu’il avait atterri dans le Limousin…)
C’est le 16 octobre, il y a exactement 300 ans, que le destin de Klaxon bascula tragiquement… Alors qu’il arborait son sublime costume en se promenant en ville sur les bords de la Vienne , il glissa et tomba dans l’eau (comme un con). Il évita la noyade de justesse mais ne parvint pas à remonter sur la berge tant le sol était boueux. A bout de force il se laissa dériver un bout de temps avant de pouvoir sortir de l’eau. Ereinté et blessé, il s’évanouit.
A son réveil, il constata l’étendu des dégâts : son bel habit était déchiré, taché de boue et de sang. C’était plus qu’il n’en pouvait supporter, c’est à ce moment qu’il sombra dans la folie. Effectivement, dès lors, il ne supporta plus la moindre tâche, le moindre grain de poussière ni le moindre microbe (ce qui à la limite n’était pas dérangeant car à cette époque on ignorait totalement leur existence. Même les crobes entiers étaient inconnus, c’est vous dire l’obscurantisme qui régnait alors). Jean Jacques Klaxon revendit tous ses biens (trop fastidieux à nettoyer, il ne faisait plus confiance à ses nombreux domestiques) et ne sortit plus de son échoppe de rempaillage.
Les journées étaient dures… Entre deux rempaillages, il lavait, briquait, astiquait son atelier du fond en comble, jamais il ne devait subsistait la moindre tâche ! Il devint vite la risée de tout Yémaille : « Qui c’est qu’est con ? C’est Sonson ! » (diminutif gentillet mais ô combien cruel dans ce contexte…) Malgré sa réputation, le magasin ne désemplissait pas, ce qui n’était d’ailleurs pas pour plaire à J.J.K. ! Tous ces clients qui défilaient à longueur de journée salissaient sans cesse le sol. Il lui vint alors L’IDEE !
Entre deux clients, il découpa une planche et y colla plein de petits bouts de paille. Il plaça ensuite la planche à l’entrée du magasin. Peu de temps après, un client pénétra dans l’échoppe. A peine le premier pied posé à l’intérieur ; Klaxon l’interpella, « essuyez vos pieds sur la paille svp ». Le quidam, bien que décontenancé, s’exécuta. Le miracle s’accomplit : pas une seule tâche de boue ne vint souiller le sol !
Le client alla (est grand et Mahomet est son prophète) au troquet du coin, raconter l’anecdote, « vous connaissez la dernière de Sonson ? Il faut s’essuyer les pieds sur de la paille avant de rentrer chez lui maintenant ! » Intrigués, ces derniers allèrent vérifier la chose de suite. Interloqués par l’efficacité de la chose, ils s’en retournèrent au troquet afin de discuter de la chose, « alors les gars, vous en pensez quoi ? Ça marche pas mal la paille à Sonson, non ? »
D’objet de moqueries, Jean Jacques Klaxon avait retrouvé le respect d’autrui grâce à son invention : la paille à Sonson (avec le temps, l’expression perdit sa double syllabe finale et changea de genre pour se nommer : le paillasson !)
Malheureusement, personne n’a retenu le nom de Jean Jacques Klaxon, sa folie n’est sans doute pas étrangère à ça. En effet, vers la fin de sa vie, il désira améliorer le concept et le commercialiser. Il captura une meute de chiens errants pour les raser et leur tatouer « bienvenue » sur le dos. Mais les chiens, qui en fait étaient des loups, n’ont pas été d’accord… On n’a retrouvé qu’une jambe, un bras, sa montre et son bel habit…
Le paillasson a aujourd’hui conquis le monde ! Si peu de gens connaissent l’histoire de Jean Jacques Paillasson (un peu plus maintenant grâce à votre serviteur), nombreux sont ceux à lui rendre hommage en utilisant chaque jour son invention. Parmi ces personnes, je citerais la Girl-bar du Kinderarium pour qui le paillasson est plus qu’un simple objet, mais une passion ! Ses livres de chevets (entre Oui-oui et l’intégrale des écrits de Rika Zaraï) ne sont-ils pas « tout ce que vous vous êtes toujours demandé sur le paillasson sans oser le demander » ainsi que « le paillasson, ce jouet sexuel » ?
Paillassonophile de l’extrême, elle est à l’origine de nombreuses expressions (peu usitées, je l’avoue) telles que « tant va le paillasson à l’eau qu’à la fin il est mouillé », « il ne faut pas vendre les poils du paillasson tant qu’on ne l’a pas tué », « le paillasson ne fait pas le moine » et bien d’autres encore… Je lui dédicace donc ce papier du jour
La prochaine fois, j’évoquerai non pas un inventeur méconnu mais plusieurs découvreurs anonymes (non, c’est pas pareil, faites pas chier). Parce qu’un bond pour l’humanité tout les 1969 ans, c’est bien, mais plein de petits sauts de temps en temps, c’est pas mal non plus ! (j’essaierai de faire plus court, promis)
En parlant de court, demain ce sera TRES court, 5.21min exactement. Une vidéo qui vaut vraiment le coup d’œil (si j’arrive à la mettre en ligne, ce qui n’est pas encore gagné en fait !)