Tu es beau, intelligent, riche et sévèrement membré ? Comme moi ! Tu es donc ici chez toi, fidèle lecteur ! Tu es blonde à forte poitrine (ou même brune à petite poitrine), bienvenue aussi, fidèle lectrice !
Comme je le disais hier, c’est une grande ville avec « plein de monde dedans » ! Malgré ma courte expérience (j’ai passé, au cumul, une dizaine de jours ici en quelques mois), j’ai dressé un portrait (plus ou moins fidèle) des gens d’ici…
Ici, les rapports humains sont particuliers, comme faussés. En fait les « sudiens » adoptent différents comportements selon ce que vous êtes, ce que vous avez à offrir… ou à demander !
(J’ouvre de suite une parenthèse afin de préciser ce que, j’espère, je n’avais pas à faire : je n’aime pas les généralités ; ce n’est donc pas sur les on-dit que je me réfère, mais bel et bien à mon ressenti au bout de ces quelques jours de présence « sur le terrain »)
Il y a plusieurs sortes d’individus dans ce microcosme :
Il y a bien sûr les locaux, ceux qui habitent ici à longueur d’année. Ceux-là doivent dégager certaines phéromones que les gens comme moi, « les étrangers », ne peuvent percevoir… Entre eux les rapports sont normaux. De l’amical à l’odieux, en passant par le courtois ou le méprisable ; normaux quoi…
Parmi ceux-ci, il y a… je ne sais pas trop comment les qualifier… des SDF ? Ils sont nombreux au cœur de la vieille ville, il y en a à chaque coin de rue ! Ils vont rarement seuls, à deux, à trois, quatre ou beaucoup plus… mais toujours avec une armée de chien !
Au début, j’ai cru que c’était des chiens d’attaque, mais non. Ce sont des chiens de défense en fait… pour se défendre des centres sociaux. Et oui, on ne va pas séparer le mec de son toutou, et comme ces derniers ne sont pas acceptés dans les centres, on ne « ramasse » donc pas leurs propriétaires, pas con ! Je n’ai jamais vu de caniche ou chihuahua tenus en laisse, plutôt des rottweilers, des bergers (de Beauce ou de Belgique) ou des bâtards hauts sur pattes (pour mieux comprendre, allez vous promener au centre de Rennes, c’est un peu la même chose, avec un look plus « punk » en sus).
Il y a aussi des touristes, nous sommes en juin, ils commencent donc à débarquer en masse. On y trouve de l’anglais (beaucoup), de l’allemand (assez peu de germains en fait), de l’espagnol, du gluk-gluk (comprendre « hollandais »), du nordiste et une quantité infime de vitryolés… Les commerçants sont aimables avec le touriste, ils se plient à leur moindres désirs (ou presque), ils les considèrent à leur juste valeur : des porte-monnaie sur patte… Et ça sent la marée jusque dans le cœur des frites, et ça sent l’hypocrisie dans le sourire de celui qui vous les sert. Mais pas toujours (et heureusement), ça dépend de l’âge de ce dernier. On dirait que les jeunes n’en n’ont rien à carrer de la provenance de leurs clients, contrairement aux anciens, que je sens plus aigris…
Il y a des étudiants aussi, beaucoup d’étudiants ! Le montant des loyers est donc proportionnel à leur forte demande. Avoir un appart ici, c’est un pur bon plan en fait : il peut être loué durant toute l’année scolaire à des prix mirobolants (il y a des bourses et la colocation, 800€ pour un studio dans un quartier universitaire) et ensuite loué aux vacanciers pour le double !!! Quand je serai grand, je serai propriétaire ici !
Il y a aussi des stars ! J'en ai rencontré une... je vous narrerai cette courte anecdote d'ici peu (en plus je suis un de ses fans !!!)
Et puis il y a les mecs comme moi… Je ne sais pas si nous sommes nombreux, nous ne sommes pas (encore) capables de nous reconnaître dans un groupe, de ressentir réciproquement notre non-appartenance à ce microcosme… Les autres, les locaux, le peuvent… paranoïa latente ?
Un signe distinctif nous permet tout de même de nous distinguer de la masse : les membres. S’ils sont blancs (voire rouges), il y a une forte probabilité pour que leur propriétaire soit un « non-sudien ». Pour moi, qui suis blanc, à la limite du translucide (sauf le crâne, qui a tendance à être écarlate), et qui arpente la ville un plan sous le bras, ça laisse très peu de place au doute. Signe ostentatoire de « tourismité » ? Il y a aussi l’accent, mais comme on ne se parle pas, c’est plus difficile…
Et pourtant (Mâtin !) je n’ai pas ma langue dans ma poche ! J’engage facilement la conversation, que ce soit au rayon bouquin de la Fnac, aux autres clients du troquet ou des différents commerces que j’ai fréquenté, aux gens dans le tram, mais il y a quelque chose, que je n’arrive pas à identifier, qui retient mes interlocuteurs, qui les empêche de mener une conversation « normale ». Ce n’est pas de la timidité, ce ne doit pas être la peur (je ne pense pas avoir le look de la racaille lambda, ni le physique qui va généralement avec d’ailleurs), de la xénophobie pro-nordiste ? (paranoïa toujours)
Revenons au tram. J’aime bien… maintenant ! C’est rapide, pratique et avantageux au niveau du prix. Mais les premières fois que je l’ai pris, j’ai ressenti comme un malaise, une gêne. Un peu comme le métro, vous voyez ? La même convivialité y est de mise… quand les regards se croisent, on a envie de s’excuser, on trouble l’anonymat ambiant.
Je me sens loin de chez moi, je ne suis plus en France, je suis dans le sud… mais ça sera quand même chez moi ! Je ne vais pas renoncer à mes projets pour autant, mais le temps d’adaptation risque d’être un peu plus long que prévu, mais de toute façon, il faudra bien que les autres s’adaptent à moi !
C’est un peu ce qui me pousse, lorsque que j’erre sans but dans ces petites rues bondées, à faire une halte dans un troquet (comme en ce moment même). Pour ressortir le critérium et coucher toutes ces impressions sur le papier, comme pour me soulager de je ne sais quoi… Deux problèmes demeurent : je n’ai toujours pas déniché LE troquet (celui où je pourrai jouer aux fléchettes dans une atmosphère sympa) et l’écriture risque de me coûter cher (5.20€ la Heineken) !
La suite d’ici peu, à ma prochaine halte dans un troquet, dans un café quelconque plutôt… à moins que d’ici là, je le trouve, LE troquet…
Ou peut-être que demain, j’évoquerai mon dernier coup de cœur littéraire en date, affaire à suivre…